On a beaucoup écrit sur le cimetière qui se trouvait sur la Plaza Mayor de Madrid. Il y en avait effectivement un — et il se cachait précisément à l’intérieur de la statue équestre de Philippe III.
Une scène de chasse en plein centre-ville
Imaginez un chasseur d’oiseaux tapi discrètement dans les feuillages, guettant patiemment le passage d’une volée d’oiseaux naïfs au-dessus de son terrain de chasse. Et, à cet instant précis, tous tombent, atteints par les plombs. Ils tentent de voler, en vain, tandis que leur vision se trouble.
C’est arrivé à Madrid. Pas à la campagne ni à la montagne : dans la ville de Madrid. Rassurez-vous, il n’y avait pas de Madrilènes accroupis au milieu d’une végétation de ciment, fusil à la main, attendant que les pigeons passent devant eux pour appuyer sur la gâchette au beau milieu de la Plaza Mayor. Non.
Quelque chose de plus simple, de plus crédible et pourtant de tout bonnement invraisemblable : un cheval. Le cheval du roi Philippe III. Pas une monture de chair et d’os qui aurait traversé la capitale, mais une bête de bronze coulée pour être incassable. Elle ne fermait jamais la bouche, au point que certains courtisans lui soupçonnaient un problème de mâchoire. Il n’en était rien : elle était née comme ça.
Le piège
Les oiseaux de la capitale du royaume, voyant la statue si immobile — un chasseur impassible —, la prenaient pour un bon abri les jours de pluie ou les étés sans ombre. Quand le soleil devenait trop gênant ou que la pluie tombait de travers, les moineaux se glissaient innocemment dans son ventre.
Leurs ailes, qui leur donnaient jusque-là la liberté de voler, sont alors devenues leur condamnation à mort : trop longues pour ressortir par la bouche ouverte du destrier. Le destrier était en bronze, tout comme le roi qui le montait. Les petits prisonniers, eux, ne le savaient évidemment pas. Imaginez donc le nombre de moineaux tombés par accident dans les mâchoires du redoutable cheval entre le début du XVIIe siècle et 1931…
1931 : le pétard qui découvre le pot aux roses
Comment l’affaire a-t-elle été découverte après tout ce temps ? Lors de la proclamation de la Seconde République, en 1931. Au plus fort des festivités, les républicains s’en prennent à la statue monarchique, installée sur la Plaza Mayor depuis 1848, glissent un puissant pétard dans la bouche de la monture et… BOUM ! Des centaines de petits os volent dans les airs.
Une fois la guerre civile terminée, la statue a été reconstruite — sans oublier, cette fois, de fermer pour toujours la bouche du cheval. Vous pouvez donc vous reposer et flâner en toute tranquillité sur la Plaza Mayor : elle n’abrite plus de cimetière.
Ce que cachent ses murs, en revanche, c’est une autre histoire — une histoire qui se raconte sur place, du lundi au samedi.